Qu’est ce que la voyance rimbaldienne ?

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La voyance rimbaldienne : la voie poétique de la voyance

Selon une des acceptions que donne le Centre National des Ressources Textuelles, le voyant peut-être un « poète, artiste dont la connaissance va au-delà de l’apparence des choses. » Il est clairement fait référence au célèbre poète Arthur Rimbaud cité juste après. Dans cette définition de ce qu’est un voyant, le CNRT cite en effet un passage fondateur d’une lettre du poète de mai 1871 à Paul Demeny : « Maintenant, je m’encrapule le plus possible. Pourquoi? Je veux être poète, et je travaille à me rendre voyant: vous ne comprendrez pas du tout, et je ne saurais presque vous expliquer. Il s’agit d’arriver à l’inconnu par le dérèglement de tous les sens. » Il ne s’agira pas ici de prétendre détailler ce que Rimbaud lui-même semble vivre comme une projection de travail inexplicable, mais simplement exposer son idée poétique en rupture avec l’art de son temps.

« Je est un autre » : les affinités de la voyance avec la poétique

Comme nous le rappelle Pierre Jamet dans son article intitulé « Imagination, hallucination, voyance : l’écrivain maudit, la société », Rimbaud « rejette les tendances subjectivistes de ses contemporains » et revendique un art poétique devant en quelque sorte le dépasser lui-même. Il écrit en effet dans cette lettre de 1871 : « Car Je est un autre. Si le cuivre se réveille clairon, il n’ y a rien de sa faute. Cela m’est évident : j’assiste à l ‘éclosion de ma pensée : je la regarde, je l’écoute… » En rupture avec l’art romantique et l’exaltation d’un « Je » sentimental ou hyper subjectif, Rimbaud pousse son temps vers la modernité en revendiquant un art dédoublé, non pas duel, mais, comme habité, où son soi intime assiste à la création de son « Je » poète. C’est ainsi qu’il instille le champ lexical de la voyance dans son auto-analyse et son programme poétique, il proclame une inextricable affinité, une parenté de vue entre la voyance et l’art poétique.

 

La voyance rimbaldienne : l’art du « voleur de feu »

Toujours dans cette lettre il écrit : « Donc le poète est voleur de feu. Il est chargé de l’humanité, des animaux même ; il devra faire sentir, palper, écouter ses inventions ; si ce qu’il rapporte de là-bas a forme, il donne forme : si c’est informe, il donne de l’informe. Trouver une langue. » Tel Prométhée, le Rimbaud poète se veut symboliquement voyant, dénicheur, « voleur » de sensations multiples qui brûlent, devant éclairer, irradier ses lecteurs : n’est ce pas la vocation profonde des voyants ? Ressentir, puiser dans leurs flashs pour éclairer le chemin des consultants en quête de sens ? Enfin, si le poète Rimbaud et ses émules illuminent leurs lecteurs par leurs fulgurances poétiques, peut-être que les voyants ne volent-ils le « feu » que pour mieux servir le chemin de vie de leurs consultants. L’art poétique et la puissance de la voyance s’avèrent complémentaires par le « transport » qu’ils opèrent sur leurs interlocuteurs : extatiques, ils nous donnent un peu de leur feu.

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